Les arrivées se poursuivent en Martinique. Et alors que les premiers IMOCA ( LinkedOut et APIVIA) sont attendus au petit matin dans la nuit en Martinique (demain matin en France), Groupe APICIL navigue toujours au portant le long de la zone interdite à la navigation à une vitesse moyenne de 15,5 nœuds.

Hier soir, Damien et Benjamin Dutreux ont récupéré la 12e place à MACSF et ont franchi pour la troisième fois cette année l’équateur ( la deuxième sur cette course, la troisième avec le Vendée Globe). A bord, l’ambiance est au beau fixe et chacun s’adapte à l’autre. La seule ombre au tableau est la chaleur écrasante qui règne la journée ( 32 degrés à l’extérieur, 40 degrés dans le bateau).

Une chaleur qui rend chaque effort plus difficile alors que les deux skippers enchainent les empannages. Il reste encore 1 300 milles à parcourir au tandem de Groupe APICIL avant d’arriver en Martinique. Une arrivée qui est estimée pour le moment à dimanche matin en France.

Joints par téléphone ce midi, ils nous racontent leur quotidien.

Comment vivez-vous cette remontée vers la Martinique ?

Damien :

On vit cette remontée chaudement. C’est difficile à tenir la journée. Heureusement, les nuits sont un peu plus fraîches. Après on vit bien cette remontée car le bateau va bien et nous gagnons des places. Nous nous dirigeons vers l’arrivée. Il y a quelque chose qui rend ce bord intéressant, c’est le fait qu’il y ait une zone interdite à la navigation sur notre gauche car ça multiplie les manœuvres à bord. Je ne sais pas à combien d’empannages nous sommes depuis que nous avons passé l’île de Fernando de Noronha mais cela égaye nos journées. Là nous avons 32 degrés à l’extérieur. Il fait très chaud donc quand tu dois faire un empannage tu es en sueur pendant une demi-heure.

Vous avez doublé MACSF hier soir, quel est votre prochain objectif ?

Damien :

Oui nous sommes ravis d’être passé devant MACSF. On a tout fait pour. Maintenant que nous avons dépassé Isabelle, on fait tout pour rattraper Nexans – Arts & Fenêtres (Fabrice Amedeo et Lois Berrehar ) même si on sait que va être difficile car c’est du portant. Lui a des foils, pas nous. Donc c’est compliqué même si on lui a déjà repris plus de 30 milles depuis Fernando de Noronha.

 

Benjamin :

Tout est envisageable. On reste sur notre stratégie sur notre route et on va voir comme ça se passe mais on ne va pas lâcher le morceau.

 

Damien :

Ah non non, nous n’allons pas lâcher le morceau. C’est un objectif qui nous permet de rester focus 24H sur 24 et c’est très bien d’avoir un objectif comme ça près de nous. Le maître mot c’est ce qu’on disait avant le départ : ne pas avoir de regrets donc d’être à fond.

Etes-vous satisfaits du bateau et de votre course jusqu’à présent ?

Damien :

« Je suis satisfait de la façon dont marche le bateau. Je commence à bien le connaître. Après honnêtement, je trouve que nous ne sommes pas à notre place dans le sens où je pense qu’on pourrait être plus en avant que ça… Mais il y a plein de choses que nous avons tentées sur l’eau et qui ne se sont pas passées, des situations météos qui se refermées juste devant nous et qui sont passées pour le groupe de devant. Et puis globalement, si on fait un petit bilan, nous n’avons eu qu’une ou deux fois des conditions pour notre bateau sur cette transat. C’était plutôt des conditions pour des bateaux à dérives plus légers ou pour des foilers.

 

Benjamin :

Le bateau va très bien et là où il m’a le plus surpris c’est dans la brise au portant. Malheureusement, on n’a pas beaucoup eu ces conditions. On ne les a eues qu’une fois et ça allait vraiment très vite. Globalement sur cette transat, nous n’avons même pas pris un ris donc je pense qu’on a pas pu vraiment exploiter le potentiel du bateau. Malgré tout nous arrivons quand même à aller assez vite donc c’est plutôt cool. Stratégiquement, ce n’est pas évident cette course. Nous avons pris parfois certains risques mais cela n’a pas payé. La course n’est pas encore finie alors on s’accroche.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il vous attend d’ici l’arrivée ?

Damien :

Il nous reste encore 1 300 milles à parcourir. Cela nous fait arriver dimanche en Martinique. Pour l’instant, nous sommes toujours au portant. On essaie d’aller le plus vite possible. C’est variable en fonction des journées, des conditions de houle qui sont changeantes et des nuages qui passent de temps en temps. Nous nous adaptons tous les jours aux conditions que nous avons ce qui signifie que nous ne suivons pas le routage à la lettre. Encore une fois, on s’adapte. Pour l’instant, cela nous a plutôt bien réussi.

 

Benjamin :

Les routages ne sont pas très clairs entre route directe et route décalée un peu plus sud. Ça dépend un peu des nuages. Ce n’est pas très stable en force et en direction. Mais globalement, c’est du tout droit qui nous attend même si je pense qu’il y a encore deux-trois petits coups. En sachant que nous aurons tous des conditions météos différentes. Nous allons donc essayer d’exploiter tout ça au mieux.

Comment fonctionnez-vous à bord ? Avez-vous un rythme précis ?

Damien :

Nous sommes dans l’adaptation à chaque fois car il n’y pas de nécessité d’avoir un système rigide. On l’a fait un peu plus à des moments mais la qualité que nous avons, c’est de pouvoir s’adapter au rythme de sommeil de chacun, à la chaleur. On ne réagit pas de la même façon, l’un et l’autre. On essaie de manger ensemble la plupart du temps sauf hier où nous avons fait un repas sur deux ensemble ».

 

Benjamin :

Oui c’est vrai qu’on s’adapte. Damien m’a laissé dormir 5 heures cette nuit donc je suis en pleine forme aujourd’hui. On s’écoute l’un, l’autre. On arrive à se dire quand tout va bien mais aussi quand on est fatigué. Nous n’avons pas du tout un rythme précis et établi.

 

Damien :

On sait qu’à terre, c’est différent. Benjamin c’est un homme de la nuit, pas moi ! (rires) »

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