Déjà plus d’une semaine que tout le pays est confiné. Damien Seguin, skipper de Groupe Apicil a fermé le chantier du bateau, pour s’enfermer chez lui, avec sa famille. Comment fait ce sportif de haut niveau pour continuer à travailler et s’entraîner ?

Témoignage.

 

Damien, comment vis-tu ce confinement ?

« Je le vis bien car nous n’avons pas forcément le choix. C’est d’ailleurs ce qui est un peu dur pour moi car je me suis toujours débrouillé dans la vie pour avoir des choix et là je n’en ai pas. Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. C’est quelque chose d’assez nouveau. Il faut s’adapter, s’organiser. Le confinement, c’est un peu mon quotidien sur le bateau. Mais là, nous sommes dans une situation différente. »

 

En quoi ce confinement est différent d’un confinement sur un bateau ?

« Ce n’est pas pareil. Être confiné c’est ne pas pouvoir faire tout ce que tu as envie de faire. C’est le cas en bateau. Quand je suis tout seul en transat, je ne peux pas aller me promener plus loin que l’étrave de mon bateau, je ne peux pas voir des amis, des proches. C’est forcément contraignant. Mais là où ce confinement est différent, c’est que nous sommes en capacité de faire toutes les choses dont nous avons envie mais c’est interdit. C’est ce qui rend les choses plus frustrantes. »

 

Comment continues-tu de travailler avec ton équipe ?

« Cela fait une semaine que nous avons mis en arrêt le chantier. Nous nous sommes organisés la première semaine du confinement pendant laquelle nous avons aménagé le temps de travail et les règles de sécurité pour terminer les dossiers en cours, ceux  qui ne pouvaient pas attendre. Je pense notamment à certaines stratifications. Aujourd’hui, nous nous organisons de manière différente. Chacun est chez soi. Certains ont pris du travail à la maison comme Guillaume (le boat Captain ) qui a pris les dérives et travaille dessus dans son garage. JC (Jean Charles Monnet le directeur technique) finalise les commandes de matériels passées ou en cours et essaie de planifier les retards que nous aurons. De mon côté, je travaille sur différentes choses comme la météo, les road books Vendée Globe avec différents météorologues. Je fais également de la préparation physique et j’en profite aussi pour me soigner car j’ai une belle blessure au mollet gauche qui m’empêche de courir. On s’adapte pour la partie bateau pour essayer de perdre le moins de temps possible quand on reprendra le travail. L’objectif, c’est le Vendée Globe et tout le retard qu’on prend maintenant, il faudra le rattraper après. »

 

Comment s’organisent tes journées?

« Une petite routine s’est mise en place. C’est obligé car je suis à la maison avec Tifenn et nos deux enfants. Or en ce qui concerne les enfants, cela fait un mois qu’ils sont confinés car Auray a fermé les écoles assez tôt. Nous essayons d’avoir un rythme en commun. L’idée n’est pas de se dire, ce sont les vacances et chacun se lève quand il veut. Le travail avec les enfants, c’est le matin et nous faisons des activités familiales l’après-midi en mode confinement. Il faut trouver un rythme en commun pour pouvoir aussi avoir une vie personnelle au milieu de tout ça. Là-dessus, on se rapproche de ce qu’on vit en bateau car même si nous ne fonctionnons pas en rythme, jour, nuit …. Il faut avoir des points d’ancrage au niveau des rythmes comme des heures de repas fixes, des heures où tu fais la météo qui sont dictées par les horaires de sorties des fichiers… Il faut se mettre des règles, organiser les 24 heures. Là, c’est pareil. Nous sommes en famille et si nous voulons que les choses se passent bien, il faut des règles. Il y a des choses impératives à faire comme le travail des enfants ou le ménage car nous salissons beaucoup plus. »

Nous ne sommes pas souvent tous les quatre à la maison. C’est nouveau pour les enfants. Ils sont contents car c’est la première fois que nous allons être ensemble aussi longtemps. Nous avons la chance d’avoir un jardin. On va un peu promener le chien de temps en temps. On apprend à faire les choses différemment.

 

Comment communiques-tu avec tes proches, donnes-tu plus de nouvelles ?

Je n’ai pas changé mes habitudes à ce sujet. Je ne suis pas très accroc au téléphone, ni aux nouvelles communications. Tifenn donne plus de nouvelles que moi. Marjane et Etann aussi avec leurs copains. Chacun réagit comme il veut. Peut-être qu’à un moment, j’en aurais envie. C’est comme en bateau, lors d’une transat. Parfois, j’ai envie de me retrouver seul et de ne pas communiquer. Je donne juste les infos essentielles. Et c’est tout. Et puis des fois, c’est tout le contraire. J’appelle car j’ai envie de discuter. Il ne faut pas aller contre nature. Ce n’est pas parce que nous sommes confinés qu’il faut se forcer à avoir un lien avec les autres. Je vois sur les réseaux beaucoup de choses où on nous invite à participer à des apéros skype. Il faut le faire si on en a envie mais si ce n’est pas le cas, il n’y a aucune obligation.

 

Quelles sont tes astuces pour vivre bien ce confinement ?

Ce qui peut être angoissant pour certaines personnes dans ce confinement, c’est la longueur car on ne sait pas combien de temps cela va durer. Le fait de ne pas savoir est compliqué. C’est difficile à appréhender. Mais là encore si je fais un parallèle avec le bateau, je dirais que c’est la même situation. Quand on est en transat, on ne sait pas combien de temps cela va durer, combien de temps va durer le Pot au Noir …

Il y a des moments que nous pouvons trouver très longs, des moments où nous n’avons pas le moral. Cette notion de longueur devient alors extrêmement palpable et gênante.  Et ce qu’il faut faire, enfin moi c’est ce que je fais quand je suis en solitaire sur le bateau, c’est avancer pas à pas en vivant le moment présent. Par exemple, la cartographie de la course je la dézoome très rarement pour voir le parcours en entier. Je fonctionne par tronçons. Mon écran est centré sur 48 ou maximum 72 heures de déplacement du bateau mais je n’ai jamais mon arrivée.

Je me fixe des objectifs à plus ou moins court terme en fonction de ce que j’ai à faire sur le bateau, de la météo ou encore de mes adversaires. Du coup, ça permet de relativiser le temps et de se concentrer sur des choses qui sont plus concrètes et quotidiennes plutôt que de se projeter sur des événements dont on ne sait pas combien de temps ils vont durer. Trop d’incertitudes peut être angoissant donc moi, sur le bateau, je fonctionne comme ça. Il faut se fixer des objectifs intermédiaires. L’idée pour le moment n’est pas de se dire qu’est ce que je ferai une fois ce confinement terminé mais plutôt se concentrer sur des choses actuelles. Il fait beau en ce moment. Certains profitent de ce temps pour faire des travaux chez eux. C’est super, je trouve. Réparer une chaise branlante depuis trois ans, aménager sa cuisine … Il faut profiter de cette période de confinement pour faire tout ce que nous n’avons pas le temps de faire généralement, se donner des petits objectifs à courts termes.  Ce sont des choses toutes simples qui permettent de construire un quotidien et ça évite de se projeter dans la longueur de ce confinement.

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